Au XXIème, à l’ère de la prose lyophilisée pour voyageurs pendulaires surmenés, Ruskin est une anomalie. Qui plus est en France. Héritiers lointains de la dialectique, du cartésianisme et de la dissertation en trois fois trois parties, on nous a enseigné que la digression était un mal de l’esprit. Dans le cas de Ruskin, cela serait une syphilis dessinant des vagues rouges sur le torse infecté, un gui donnant de l’ampleur aux frondaisons d’un chêne, un vert de gris pailletant le bronze oxydé d’une statue. Un mal qui sublime, inconstant, incertain, célébration de la liberté de la matière et de son producteur à l'époque de l'ultra-strandardisation naissante :
You must either make a tool of the creature, or a man of him. You cannot make both. Men were not intended to work with the accuracy of tools, to be precise and perfect in all their actions. If you will have that precision out of them, and make their fingers measure degrees likecog-wheels, and their arms strikes curves like compasses, you must unhumanize them.
Il serait regrettable de ne se souvenir de Ruskin que par le truchement de l’admiration que lui vouait Proust. Avec lui, le goût artistique occidental s’oriente vers l’abstraction, une simplicité primordiale, nutrie de complexité, qui donnera l’art abstrait du XXème siècle. Il faut également apprendre dans sa prose bourgeonnante que le Beau est aussi le Bon.
Ruskin est illisible au regard du credo actuel. A lire, donc.




